REPRISE DU RESUME DU CONCILE DE BÂLE, FERRARE, FLORENCE, ROME
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L'importance que l'Eglise a donné au filioque dans le Concile de Bâle, Ferrare, Florence, Rome ne peut être ignorée.
Le filioque est une expression latine qui veut dire 'et du fils'. On la retrouve dans le Credo ou Symbole dit de Nicée-Constantinople : je crois en l'Esprit Saint qui procède (= vient) du Père et du Fils. Or il se trouve que l'expression 'et du Fils' fut rajoutée unilatéralement par les occidentaux vers le VIème siècle et généralisée dans tout l'occident vers le IXème. Cet ajout à l'énoncé commun de la foi, élaborée au Concile de Nicée-Constinople, fut considérée par les orientaux comme une trahison, voire même une hérésie. A partir de ce moment là le filioque devait devenir une pomme de discorde entre les catholiques et les orthodoxes jusqu'à ce jour.
Mais alors, pourquoi l'Eglise dans sa sagesse, a-t-elle décidé de s'attacher à cette formulation, malgré les risques de rupture qu'elle représentait ?
La raison est évidemment que cette formulation est fondamentale. En effet, dire comme les orthodoxes que l'Esprit ne procède que du Père, c'est finalement mettre une certaine limite à la réciprocité qu'il existe dans l'amour entre le Père et le Fils (l'Esprit est, dans la théologie trinitaire, toujours considéré comme l'amour émanant de la divinité. Pour plus de renseignements sur la théologie trinitaire, allez sur le plan du site, au lien 'Une approche du Mystère de la Trinité'). Si Jésus est pleinement Dieu, il n'y a pas de raisons pour qu'il n'aime pas le Père en retour.
Ceci est important pour nous, parce qu'avec le filioque introduit dans le Credo, définition de notre foi, la réciprocité de l'amour entre deux personnes est affirmée. Cela rejoint ce qui a été dit plus haut avec le respect de la liberté d'autrui. Respecter sa liberté, c'est aussi respecter l'autre en tant que personne différente de nous-mêmes. L'amour ce n'est pas imposer sa façon d'être, c'est donner à l'autre et recevoir de lui, c'est donc influencer et se laisser influencer par l'autre. Alors, il y a partage et donc réciprocité. Cette réciprocité montre qu'il y a égalité entre les personnes qui s'aiment. En effet, si je n'accepte pas cette réciprocité, je ne considère pas l'autre capable et digne de m'apporter quelque chose de valable, je refuse de me rendre influençable et vulnérable à l'autre. Ce n'est donc plus de l'amour (l'amour ne comprend-il pas une part de risque quand on se rend vulnérable à l'autre par amour ? Vulnérable, c'est aussi accepter de se laisser toucher par les soucis de l'autre, de se sentir concerné, c'est tout le contraire de l'indifférence).
Par conséquent, dire que l'Esprit procède également du Fils, c'est non seulement reconnaître pleinement la divinité de Jésus, mais c'est aussi affirmer la grandeur de l'amour du Père, qui aime réellement son Fils en se laissant aimer par lui, en vivant de sa communion avec lui, tout comme le Christ vit de sa communion avec le Père.
En quelque sorte, le Père en vivant d'un amour réciproque avec le Fils (l'autre) s'est rendu vulnérable à l'autre. On peut même aller jusqu'à dire qu'en faisant de son Fils la tête de l'Eglise, le rédempteur de l'humanité, l'Homme par excellence, le Père accepte cette réciprocité de l'amour avec l'homme (avec nous), il accepte de nous considérer comme ses partenaires, ses égaux dans la mesure où le Il désire notre amour (les Pères de l'Eglise ne disent-ils pas que Jésus s'est fait homme pour faire de nous des dieux ?). Oui, vraiment béni soit ce Dieu Père, Fils et Esprit !
En conclusion, le Père est un Dieu de communion et donc d'amour, ce n'est pas ce Dieu lointain impersonnel, qui aurait créé le monde pour le laisser livré à lui-même, l'Esprit Saint, fruit de la communion du Père et du Fils en est le garant. Refuser le filioque c'est refuser toutes les implications d'un amour véritable fait de partage et de don total, ancré dans la réciprocité et le respect d'autrui.
Voici maintenant quelques fondements scripturaires :
L'Esprit procède du Père :
St Luc 11, 13
St Jean 15, 26, etc...
L'Esprit procède du Fils :
St Jean 16, 15
St Jean 20, 22
l'Esprit est appelé 'Esprit du Christ' : Romains 8, 9, etc...
Pour savoir comment chercher un passage dans la Bible → cliquez ici
Remarque finale sur le filioque:
il semblerait qu'aujourd'hui on s'accorde entre catholiques et orthodoxes sur la formule suivante : l'Esprit procède du Père par le Fils. Le dialogue reste donc ouvert.